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Arthur Perticoz : des bancs de La Sorbonne au siège de la K-Corp

En l’espace d’une décennie, Arthur Perticoz a marqué trois univers très différents : la tech retail, l’audio digital et l’e-sport. Cofondateur de Wynd et Majelan, il est aujourd’hui la tête pensante stratégique de la Karmine Corp, l’un des clubs e-sport les plus populaires d’Europe. De ses bancs d’école, de la licence à un triple master, jusqu’à ses choix professionnels audacieux, son parcours est empli de résilience, vision et stratégie.

Une enfance ancrée dans la culture et l’effort

Né dans un quartier populaire de Paris, Arthur Perticoz évolue dans un foyer modeste mais stable, où l’accès à la culture est valorisé bien au-delà des moyens financiers. Son père est kiosquier, sa mère est fonctionnaire. Ensemble, ils cultivent chez leur fils une soif de connaissance et un sens du mérite. Loin des privilèges, Arthur grandit avec l’idée que seule l’éducation peut ouvrir les portes de l’avenir. Livres, débats à table, découverte du monde… tout est fait pour élargir ses horizons dès le plus jeune âge. 

Parallèlement, plus qu’un environnement propice, c’est l’implication sans faille de sa mère qui fait la différence. Malgré un parcours scolaire classique, elle s’intéresse intensément à l’orientation de son fils, compense ses propres lacunes par une curiosité active, lit, se renseigne, le pousse à viser haut. Elle l’encourage à sortir des sentiers battus, à ne pas se contenter des options “accessibles”. Ce soutien sans condition lui offre ce que l’on appelle un fort capital culturel, souvent réservé aux milieux plus aisés. C’est ce socle invisible qui le propulse, année après année, vers les meilleures formations.

Un parcours académique d’exception

Plutôt que de se lancer dans un cursus unique, Arthur choisit un parcours exigeant et hybride : la prépa D1, qui combine droit et économie. Cette double formation lui permet de développer une vision multidisciplinaire des enjeux sociaux et commerciaux. Il suit ces cours en parallèle à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il obtient à la fois une licence d’administration économique et sociale et une licence de droit. 

Toujours avide d’enrichir ses compétences, il intègre ensuite le Celsa, prestigieuse école de communication, où il s’y spécialise en branding. Il y approfondit sa compréhension des marques, de la perception publique, des dynamiques sociales qui façonnent les opinions. Arthur ne fait pas les choses à moitié. En parallèle de son master au Celsa, il suit un master de droit à distance à l’Institut d’Études à Distance de l’École de Droit de la Sorbonne (IED-EDS, ex CAVEJ). Par la suite, il rejoint Sciences Po Paris, où il parachève sa formation par un master en stratégie. Il cherche ici à accumuler des outils concrets, qu’il mobilise ensuite en tant qu’entrepreneur.

Arthur a su suivre trois cursus exigeants menés de front, parfois au prix de nuits blanches et d’une organisation militaire. Cette capacité à gérer plusieurs projets complexes en simultané sera une constante dans sa carrière. Il en ressort avec un profil rare : à la fois stratège, juriste, communicant et analyste.

Premiers pas entrepreneuriaux

C’est durant ses années d’études au Celsa qu’Arthur Perticoz fait ses premiers pas dans l’entrepreneuriat, en créant Omnis Event, une agence événementielle. En tant que président du BDE, il constate les nombreuses lacunes du secteur étudiant en matière d’organisation. Avec quelques camarades, il structure un projet complet qui lui permet non seulement de se confronter aux réalités du terrain, mais aussi de financer ses études en toute autonomie. Cette première expérience éveille en lui une vocation durable. 

Il enchaîne quelques années plus tard avec un projet d’une toute autre envergure : Wynd, startup fondée en 2014 et spécialisée dans les logiciels de gestion pour les retailers. L’ambition est claire : unifier les systèmes de caisse, commandes, stocks et e-commerce sur une seule plateforme. Wynd devient rapidement un géant de la tech retail, lève plus de 100 millions d’euros et atteint des valorisations impressionnantes. Arthur y tient le rôle de directeur général, gérant à la fois les levées de fonds, la stratégie produit et la croissance. Mais après des désaccords stratégiques avec ses associés, il quitte la société, non sans difficulté, négociant la vente de ses parts. Ce départ, vécu comme un choc personnel, lui offre pourtant une respiration nécessaire pour réfléchir à la suite. 

En 2019, il fait un pas de plus vers la culture et les médias en cofondant Majelan aux côtés de Mathieu Gallet. Pensée comme le Netflix du podcast, la plateforme propose une offre d’abonnement à des contenus audio exclusifs, inspirants et éducatifs. Elle rencontre un succès rapide, lève 10 millions d’euros et s’impose comme l’un des leaders de l’audio premium en France. En 2022, Majelan est rachetée par ETX Studio dans le cadre d’une acquisition en equity. Arthur reste actionnaire mais se retire des opérations. Une nouvelle page se tourne.

La rencontre décisive avec la Karmine Corp

Longtemps passionné par les jeux vidéo, Arthur Perticoz n’a jamais été bien loin du monde du gaming, jusqu’à ce que sa passion rejoigne sa carrière. Un jour, il découvre Kameto, streamer influent et cofondateur de la Karmine Corp, club d’e-sport fondé en 2020, suivi par une immense communauté et engagé sur des jeux majeurs comme League of Legends, Valorant ou Rocket League. Plus qu’une simple structure compétitive, la KC incarne une culture, une ferveur, une identité unique, à la croisée de l’e-sport, du divertissement et du communautaire.

Un simple café suffit à sceller la rencontre entre Arthur et le club. Le courant passe immédiatement avec Kameto, puis avec Prime, l’autre cofondateur. Très vite, Arthur comprend qu’il ne s’agit pas seulement de sport, mais d’un phénomène socioculturel à structurer. Le club est en pleine ascension, mais tout reste à organiser. C’est dans ce vide organisationnel qu’il apporte son expertise. Recruté d’abord pour s’occuper de la partie business, il découvre une communauté passionnée, parfois ultra, un univers codifié, vivant, organique. Son rôle ? Canaliser cette énergie brute pour en faire une marque pérenne, crédible, attractive, sans jamais trahir son ADN.

En l’espace de deux ans, il contribue à transformer la Karmine Corp en marque globale, tout en préservant son esprit d’origine. Il gère la stratégie, les finances, les négociations avec les ligues, le développement des talents, la communication de crise, jusqu’à cumuler trois casquettes : CEO, directeur opérationnel, et communicant. Ce multitasking, fidèle à son parcours d’étudiant ultra polyvalent, finit par atteindre ses limites. En janvier 2025, Arthur fait un choix fort : se retirer des fonctions opérationnelles pour se recentrer sur ce qui le fait vibrer depuis toujours, à savoir la vision à long terme et la stratégie.

La stratégie communautaire au cœur du modèle KC

La Karmine Corp ne se contente pas de jouer, elle raconte une histoire. Une quête, à la manière des héros de shōnen, ces mangas où les protagonistes, faibles au départ, grandissent au fil des épreuves. C’est cette dramaturgie inspirée du “voyage du héros” qui rend chaque victoire mythique et chaque défaite poignante. Chaque fan devient le témoin et le complice de cette progression. Perticoz a structuré cette narration autour des cycles du club, des arcs, des personnages, transformant le sport en récit vivant.

Le public ne regarde pas seulement les matchs : il vit chaque moment comme un épisode d’une série. L’identification est forte, les émotions à fleur de peau. Cette relation est précieuse, mais aussi exigeante. La moindre décision peut être scrutée, critiquée, analysée. Arthur et l’équipe dirigeante le savent : entretenir ce lien émotionnel est un métier à part entière. Pour Perticoz, la communauté n’est pas un public passif. Elle participe activement au succès du club. Que ce soit à travers le soutien moral, les créations de contenus, ou même la pression populaire sur certains choix, elle influence la trajectoire de la KC. “Les fondateurs ont une compréhension innée de leur public”, dit-il. Ce respect mutuel est la clé d’une relation forte et durable.

Au-delà des performances, la KC est un miroir de la jeunesse d’aujourd’hui. Multiculturelle, ouverte, diverse. Dans les tribunes comme en ligne, se côtoient des personnes de tous horizons. Arthur l’a observé, documenté, célébré : “J’ai vu des jeunes femmes voilées, des garçons trans, des supporters racisés, des fans en fauteuil roulant… tous chanter ensemble.” Cette diversité, loin d’être une stratégie marketing, est l’essence même du club.

L’e-sport selon Perticoz : entre passion et lucidité

Loin de tout angélisme, Arthur Perticoz est lucide : l’e-sport n’est pas encore un marché mature. Le modèle économique reste fragile. Néanmoins, au lieu de freiner ses ambitions, cette réalité nourrit sa détermination. Il veut prouver que la rentabilité est possible, sans trahir l’âme du projet. La KC est aujourd’hui l’une des rares structures rentables en Europe.

Arthur est la preuve vivante que les parcours non-linéaires peuvent mener très loin. Sa capacité à naviguer entre plusieurs univers, à réconcilier intuition et structure, business et passion, inspire toute une génération d’entrepreneurs. Il prône un modèle où l’authenticité est une valeur stratégique, et non un handicap. Ce qu’il construit avec la Karmine Corp dépasse le business. C’est un projet de vie, un laboratoire de valeurs, une utopie concrète. “Je vis mon rêve ici”, dit-il. Arthur n’est pas là pour accumuler, mais pour créer du sens, de l’impact, de l’émotion. Il représente un entrepreneur humaniste, résolument moderne.