Récents :

Rejeté aux AST, célébré par l’ESSEC : Mounir Laggoune, fondateur de Finary

Il n’a jamais vraiment suivi les règles, Mounir Laggoune a toujours préféré les raccourcis malins aux chemins balisés. Né d’un père algérien et d’une mère allemande, il grandit avec une double conscience : celle du privilège et celle de la fragilité sociale. Très tôt, il comprend que pour réussir, il faudra contourner les codes. De l’ESSEC à la tech, du rejet du monde corporate à la création de Finary, son application de gestion de patrimoine, Mounir trace une route singulière. Une route guidée par une obsession : rendre la finance accessible à tous.

Qui est Mounir, fondateur de Finary ?

Mounir Laggoune grandit dans une famille aux origines métissées, riche d’une double culture. Son père, Algérien, est un immigré de première génération qui, à force de persévérance et d’excellence académique, gravit les échelons pour devenir cadre dirigeant dans une grande entreprise. Une réussite exemplaire dans un contexte souvent marqué par les discriminations systémiques. Sa mère, quant à elle, est Allemande, et lui offre un environnement éducatif empreint de rigueur et de bienveillance. C’est elle qui l’élève principalement, dans un cadre familial confortable où les besoins matériels ne manquent pas, mais où l’exigence intellectuelle et morale est forte.

Ce terreau biculturel façonne très tôt chez Mounir une conscience aigüe des écarts de trajectoires. D’un côté, il fréquente les enfants de la bourgeoisie française, issus de familles installées depuis plusieurs générations, où le capital culturel et social est transmis naturellement. De l’autre, il est héritier d’une histoire d’immigration, de travail acharné, et de méritocratie difficilement arrachée. Ce tiraillement constant entre intégration et altérité nourrit une réflexion profonde, qui deviendra plus tard un moteur puissant de son ambition.

Un parcours scolaire non linéaire, mais révélateur

L’école, pour Mounir, n’est jamais un lieu d’épanouissement. Il y réussit sans enthousiasme, collectionnant les bons résultats tout en cultivant une défiance marquée envers l’autorité. Son parcours traverse plusieurs systèmes éducatifs : d’abord en Belgique, puis en Allemagne, où l’approche pédagogique est plus bienveillante, presque alternative. Il y découvre un apprentissage plus libre, plus centré sur la personnalité de l’élève, une bouffée d’air frais comparée à la rigidité du système français.

Lorsqu’il intègre le lycée français d’Anvers, c’est le choc : ses camarades sont pour la plupart issus de familles de diamantaires ou de grandes fortunes internationales. Il y observe, avec une certaine distance, les codes sociaux d’un monde qui n’est pas encore le sien, mais auquel il aspire, sans vouloir en épouser les travers. 

La prépa, synonyme de souffrance et de formatage selon lui, n’est pas une option. Mounir l’a vu avec sa sœur : l’élitisme sacrificiel, très peu pour lui. Il préfère l’efficacité au prestige et repère une brèche dans le système : la filière post-bac de l’ESSEC. Une opportunité rare à l’époque, qui permet d’accéder à une école de renom sans passer par le moule infernal des classes préparatoires. Ce choix, qui aurait pu sembler marginal, s’avère déterminant. Il lui permet de rejoindre l’élite sans renoncer à sa liberté intellectuelle. 

L’école de commerce : entre fêtes, réseau et désillusions

À l’ESSEC, Mounir découvre un monde nouveau : soirées open bar, amitiés stratégiques, capital relationnel omniprésent. Il se lie d’amitié avec des étudiants issus du top 1% des français les plus fortunés, qui parlent plusieurs langues et ont déjà des stages prestigieux dans des cabinets de conseil. Cette immersion est à la fois fascinante et dérangeante. S’il n’apprend pas grand-chose en cours, il y perfectionne une compétence clé : savoir se vendre. Il comprend rapidement que dans ce monde, les diplômes sont une ligne sur le CV, mais que la manière de se présenter, de réseauter, de se positionner est ce qui fait vraiment la différence. Il effectue deux stages chez Sanofi, au sein de l’équipe chargée des fonds de pension, puis passe brièvement chez Saint-Gobain, des expériences qui lui font entrevoir les limites du monde corporate.

Motivé à aller plus loin, il tente d’intégrer le Programme Grande École (PGE) via les admissions sur titre (AST). Lors de l’oral, il parle avec passion de ses petits business d’arbitrage : revente de billets de concert, de LEGO rares et figurines Star Wars. Il pense montrer son sens de l’initiative. Le jury lui rétorque que ses activités frôlent l’illégalité. Il est refusé. Sur le moment, c’est un coup dur. Avec le recul, Mounir le voit néanmoins comme un tournant salvateur. Cette incompatibilité de mentalités entre lui et l’institution traditionnelle le conforte dans l’idée que sa place est ailleurs : dans un univers où l’agilité, la débrouille, l’intelligence situationnelle sont valorisées.

Rebondir dans la tech

Après l’ESSEC, Mounir hésite sur la voie à suivre. Il considère brièvement la finance de marché, décroche même une offre en cash equities à Paris, mais l’avenir du secteur semble bouché, trop technique, trop mathématique et de moins en moins humain. Il tente alors une incursion en finance d’entreprise chez Lidl, au moment où l’enseigne cherche à moderniser son image en France. L’expérience dure deux mois et demi. Il la qualifie lui-même de “lunaire” : trop rigide, trop éloignée de la réalité. C’est à ce moment-là qu’il écoute enfin cette petite voix en lui qui lui murmure depuis longtemps : va dans la tech. Ne sachant pas coder, il commence à apprendre le développement web seul, sur internet, pour 10 euros. Il devient accro à l’apprentissage, découvre les bases du front, du back-end et des bases de données.

Rapidement, il rejoint une première startup, YouS, spécialisée dans les services à la personne, où il touche à tout. C’est là qu’il rencontre Julien, un profil tech impressionnant, diplômé de la toute première promotion de l’école 42. Leur complémentarité est immédiate : l’un comprend le produit, l’autre le code. Ce tandem, encore informel à l’époque, posera les bases de leur future aventure. Si YouS n’est pas encore la mission de sa vie, c’est le point de bascule où Mounir se sent pour la première fois vraiment utile, et surtout, connecté au type d’environnement où il pourra un jour construire quelque chose de grand. Puis vient Captain Train, l’une des startups françaises les plus prometteuses de l’époque. Il y entre à un moment charnière, juste avant le rachat par Trainline. Là, il passe un cap : nommé Country Manager pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, il pilote une expansion à grande échelle. L’entreprise passe de 70 millions à 3 milliards d’euros de volume d’affaires. C’est aussi là qu’il découvre le pouvoir des BSPCE, la complexité de la fiscalité, et les premiers frissons de l’indépendance financière.

Finary : d’une idée simple à une révolution financière

L’idée de Finary ne naît pas dans une salle de réunion feutrée, mais au cœur d’une crise sanitaire mondiale. Confiné en France, Mounir reprend contact avec Julien. Ensemble, ils confrontent une frustration commune : la complexité de gérer leur patrimoine après leurs cash-outs respectifs, et surtout, le niveau déplorable des conseils financiers qu’ils reçoivent. Ils rêvent d’un outil simple, puissant.

En deux jours à peine, ils codent une première version de Finary. Le design est rudimentaire, l’expérience utilisateur loin d’être parfaite et ils n’ont même pas encore créé de structure juridique. Pourtant, dès le lancement, une centaine de personnes se connectent, curieuses de découvrir cette promesse de simplification radicale.

Cependant, l’innovation technologique seule ne suffit pas. Très tôt, Mounir comprend que pour bâtir une marque forte, il faut aussi créer un lien émotionnel, intellectuel et culturel avec les utilisateurs. Il décide alors de miser sur le contenu. Sur LinkedIn, il partage sans filtre ses réflexions économiques et ses retours d’expérience. Sur YouTube, il décompose des bilans patrimoniaux en vidéo avec une pédagogie limpide. Résultat : des millions de vues, des centaines de commentaires, et une communauté qui se fidélise semaine après semaine. La stratégie repose sur un principe simple : “les gens ne s’intéressent pas à Finary, mais à leur argent.” En apportant de la valeur gratuite, accessible et actionable, Mounir transforme Finary en marque média. 

Selon l’entrepreneur, en France, le besoin d’éducation financière est immense. Le système éducatif n’aborde pas la gestion patrimoniale. Les banques vendent des produits incompréhensibles, truffés de frais. La retraite inquiète, l’inflation ronge l’épargne, et pourtant… les Français continuent de laisser dormir leur argent sur des livrets à rendement nul. C’est là que Finary a un rôle à jouer. En rendant la finance lisible, actionable et accessible, elle s’impose comme une alliée naturelle des épargnants. Elle n’est pas là pour remplacer les banquiers, mais pour redonner du pouvoir aux particuliers.

Mounir, influenceur engagé dans l’éducation financière

Derrière chaque projet ambitieux se cache une vision. Chez Finary, cette vision s’incarne puissamment à travers le visage de Mounir Laggoune, qui a su développer une présence numérique exceptionnelle. Son influence ne se limite pas à son rôle de CEO. Il est également un créateur de contenu financier à part entière, actif sur LinkedIn, X (Twitter), Instagram et YouTube.

Sur LinkedIn, il partage régulièrement des analyses économiques, des anecdotes entrepreneuriales, et des conseils sur la gestion patrimoniale. Fort de 74 000 abonnés, il touche un public CSP+, éduqué, souvent en quête de meilleures pratiques financières. Sa capacité à vulgariser des notions complexes, comme la fiscalité des plus-values, le fonctionnement des ETF ou les logiques de capitalisation boursière, lui vaut une place parmi les top 1 % des influenceurs fintech en France. Sur X, il publie des threads incisifs, en temps réel, sur l’actualité macroéconomique, la régulation ou les nouveautés tech. Il y simplifie les lois fiscales, anticipe les tendances, et commente les politiques publiques, ce qui lui vaut un engagement élevé avec près de 34 000 abonnés.

Néanmoins, c’est surtout sur YouTube que son impact est le plus significatif. Avec plus de 410 000 abonnés et plusieurs millions de vues chaque mois, Mounir est devenu un visage familier de la vulgarisation financière. Ses vidéos de transparence patrimoniale, dans lesquelles il analyse le portefeuille de ses abonnés ou de personnalités publiques, sont devenues virales. Elles sont authentiques, pleines de valeur.

Un entrepreneur qui inspire par l’exemple

Mounir Laggoune, c’est l’histoire d’un outsider devenu insider, sans jamais renier ses valeurs. Il a grandi entre deux cultures, deux mondes, deux réalités sociales. Il a rejeté le moule traditionnel, préféré la débrouille intelligente à la voie académique, transformé une frustration personnelle en mission collective.

Avec Finary, il a bâti plus qu’une entreprise. Il a créé un mouvement, une marque média, un outil qui remet de la transparence, de l’éducation et de l’autonomie dans un domaine souvent perçu comme complexe et réservé aux initiés.

Sa réussite, loin d’être un simple parcours de startup, est un témoignage d’audace, de résilience et d’intuition stratégique. En fidélisant une base d’utilisateurs engagés et en inspirant via ses contenus, Mounir montre qu’il est possible de concilier impact, rentabilité et éthique. Sa plus grande force est probablement la suivante : avancer, toujours, sans oublier d’où il vient.