Force est de constater que ces dernières années, les étudiants sont de plus en plus captivés par le monde de l’entrepreneuriat. D’après une étude OpinionWay/CIC, 45% des lycéens professionnels et étudiants souhaitent un jour créer ou reprendre une entreprise et 20% envisagent de le faire pendant leurs études ou juste après. Les étudiants en école de commerce ne font pas exception, beaucoup rêvent de briser les codes, innover, créer de nouveaux concepts et être leur propre patron. Mais en quoi consiste exactement le métier d’entrepreneur, comment se lancer dans cette voie et quel salaire peut-on en attendre ?
Missions de l’entrepreneur : un « couteau-suisse » du business
Être entrepreneur, c’est avant tout porter un projet de A à Z en jouant de multiples rôles. L’entrepreneur est souvent comparé à un chef d’orchestre qui doit organiser, planifier, gérer et prendre des risques pour concrétiser son idée en entreprise viable. Concrètement, il part d’une idée et développe un projet économique autour de celle-ci en créant un produit ou service qu’il commercialisera via sa propre société. Au départ, l’entrepreneur est son propre patron, il doit donc endosser toutes les casquettes nécessaires au démarrage.
Parmi ses missions principales, on peut citer la définition de la stratégie de l’entreprise et de l’offre commerciale, la mise en œuvre opérationnelle de cette stratégie, la création de partenariats et la levée de fonds pour financer la croissance, la gestion de la communication et du marketing, ainsi que le pilotage des finances et de la comptabilité. À mesure que le projet avance, l’entrepreneur peut aussi être amené à recruter des salariés et déléguer certaines tâches, créant ainsi de l’emploi autour de son initiative. Enfin, il doit rester en veille permanente sur les tendances du marché et les innovations pour assurer compétitivité et pérennité.
Le processus pour se lancer, de l’idée à la start-up
Contrairement à un emploi classique, il n’existe pas à proprement parler de « processus de recrutement » pour devenir entrepreneur. Il s’agit plutôt d’un parcours de création où le projet tient lieu de CV et où la sélection se fait par le marché. Cependant, on peut identifier plusieurs étapes clés pour se lancer dans l’entrepreneuriat :
- Trouver une idée et étudier le marché : tout commence par une idée innovante ou la volonté de répondre à un besoin identifié. L’aspirant entrepreneur réalise ensuite une étude de marché pour vérifier la pertinence de son projet.
- Élaborer un business plan solide : le business plan décrit le modèle économique, la stratégie commerciale, le plan de financement et les projections financières. Un business plan convaincant sera aussi indispensable pour rassurer d’éventuels partenaires financiers ou intégrer un incubateur.
- Constituer une équipe et un réseau : l’entrepreneuriat est une aventure qu’il vaut mieux ne pas mener seul. S’entourer de cofondateurs aux compétences complémentaires peut grandement augmenter les chances de succès. Il est également crucial de commencer à développer son réseau pour obtenir conseils.
- Se faire accompagner : en France, il existe de nombreux incubateurs et accélérateurs, parfois directement rattachés aux écoles, qui accueillent les projets de jeunes entrepreneurs. L’admission se fait souvent sur dossier et entretien, un peu comme un processus de recrutement.
- Financer et lancer l’activité : vient ensuite le temps de réunir les ressources nécessaires. Cela peut passer par du financement participatif, des aides publiques, l’entrée d’investisseurs, ou l’épargne personnelle. En parallèle, on crée la structure juridique et on développe le produit minimum viable (MVP) pour tester l’offre.
- Croître et pérenniser : une fois l’activité démarrée, le “recrutement” principal consiste à convaincre de plus en plus de clients et possiblement à embaucher les premiers collaborateurs. L’entrepreneur doit piloter le développement tout en assurant la soutenabilité financière.
En suivant ces étapes, un étudiant peut structurer son cheminement pour passer de l’idée à la start-up. Bien entendu, chaque parcours est unique. En France il est notable que la grande majorité des fondateurs de start-up sont diplômés (seuls 9% sont autodidactes parmi les entrepreneurs du French Tech 120).
Quelles rémunérations pour un entrepreneur ?
La question du salaire dans l’entrepreneuriat est délicate, car à la différence d’un poste salarié classique, la rémunération d’un entrepreneur n’est ni fixe ni garantie. Au démarrage, beaucoup d’entrepreneurs choisissent de se verser un revenu modeste, voire aucun salaire pendant quelques mois, afin de réinvestir les fonds dans le développement de leur entreprise. Le montant du revenu des entrepreneurs dépend de nombreux facteurs : secteur d’activité, modèle économique, réussite commerciale, mais aussi du statut juridique choisi. Par exemple, un auto-entrepreneur prestataire de services pourra générer un chiffre d’affaires dès les premiers mois, tandis qu’un fondateur de start-up technologique investira souvent plusieurs années avant de se verser un salaire confortable. De plus, selon que l’on opte pour un statut d’auto-entrepreneur, de SASU, de SARL ou d’EURL, les modalités de rémunération, de cotisations sociales et d’imposition varient fortement, ce qui impacte directement le salaire net disponible.
Il faut noter que la notion de salaire est souvent secondaire pour beaucoup de créateurs d’entreprise, surtout au début. La véritable récompense réside dans la croissance de la valeur de leur société et la liberté d’action acquise. De fait, il faut être prêt à des revenus fluctuants et différés. L’entrepreneuriat s’apparente moins à un emploi bien rémunéré qu’à un investissement personnel à long terme pouvant, en cas de réussite, apporter des retours financiers significatifs ou, en cas d’échec, un apprentissage précieux pour rebondir.
Quelques success stories d’étudiants entrepreneurs
De nombreux étudiants en école de commerce ont créé leur entreprise avec succès dès la fin de leurs études, contribuant au dynamisme de la “French Tech”. Les écoles de commerce françaises comptent de plus en plus de créateurs de start-up parmi leurs jeunes diplômés. Des exemples illustrent cette tendance :
- Michel et Augustin : cette marque de biscuits a été lancée en 2004 par Augustin Paluel-Marmont (diplômé ESCP) et Michel de Rovira (diplômé HEC). Les deux amis ont démarré leur aventure avec des cookies maison avant de bâtir une entreprise reconnue pour son marketing original.
- Doctolib : cofondée en 2013 par Stanislas Niox-Château (HEC Paris), cette plateforme de rendez-vous médicaux en ligne est valorisée à plus d’un milliard d’euros, illustrant qu’un jeune diplômé peut disrupter un secteur traditionnel dès la sortie d’école avec une bonne idée bien exécutée.
- Veepee (ex-Vente-Privée) : cofondée en 2001 par Ilan Benhaim (NEOMA), cette pionnière des ventes privées en ligne est devenue un champion du e-commerce, atteignant le statut de licorne (valorisée à plus d’un milliard de dollars).
- Sorare : Nicolas Julia (EM Lyon) a cofondé en 2018 cette plateforme de fantasy football basée sur la blockchain, valorisée à plus de 4 milliards de dollars, preuve que de jeunes entrepreneurs peuvent innover dans la tech et connaître une croissance fulgurante en quelques années.
- Yuka : lancée en 2017 par Julie Chapon (EDHEC), cette application mobile qui scanne les produits alimentaires et cosmétiques a vite séduit plus de 15 millions d’utilisateurs en répondant à une attente du public.
Les formations spécialisées en entrepreneuriat
Face à l’engouement pour la création d’entreprise, les écoles de commerce ont développé des programmes dédiés à l’entrepreneuriat, souvent en partenariat avec des écoles d’ingénieurs, pour offrir aux étudiants un cadre idéal afin de mûrir leurs projets. Parmi les formations les plus réputées, on peut citer le Mastère Spécialisé “Centrale-ESSEC Entrepreneurs” (programme d’un an en anglais) qui plonge les étudiants au cœur de l’écosystème start-up parisien et leur donne accès au réseau combiné de l’ESSEC et de CentraleSupélec. De son côté, HEC Paris s’est alliée à l’École Polytechnique pour créer le Master of Science X-HEC Entrepreneurs, véritable parcours immersif accueillant chaque année 120 étudiants et proposant des modules pointus (Deep Tech, échange avec UC Berkeley, etc.). Citons également des MSc comme le MSc Entrepreneurship & Innovation de SKEMA Business School ou encore les incubateurs et certificats d’entrepreneuriat proposés par des écoles comme l’EM Lyon, l’EDHEC, l’ESCP (Blue Factory) et bien d’autres. Ces formations offrent un encadrement académique et pratique (workshops, mentorat, mise en situation) permettant aux étudiants de peaufiner leurs compétences entrepreneuriales et souvent de lancer leur start-up dans un environnement sécurisé. Pour un étudiant en école de commerce passionné par l’entrepreneuriat, intégrer l’un de ces programmes peut être un formidable accélérateur de carrière, en France comme à l’international.
Une voie à ne pas négliger
L’entrepreneuriat est une voie exigeante mais particulièrement riche pour qui souhaite donner vie à ses idées. Les écoles de commerce, tout en formant traditionnellement aux carrières en entreprise, deviennent aussi des pépinères d’entrepreneurs en puissance. Missions polyvalentes, parcours de lancement en plusieurs étapes, salaire incertain mais potentiellement élevé, tels sont les contours de la vie d’un entrepreneur. Armés de leur formation, du soutien de leur réseau et d’une bonne dose de passion, les étudiants d’aujourd’hui peuvent être les entrepreneurs innovants de demain


