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Tout savoir sur L’École Nationale de la Magistrature (ENM)

L’École nationale de la magistrature (ENM) est l’établissement public qui forme les futurs magistrats de l’ordre judiciaire français, c’est-à-dire les juges et les procureurs. Située à Bordeaux, cette école unique en France a pour mission de recruter par concours et de former les lauréats pour qu’ils deviennent des magistrats compétents et impartiaux. Depuis sa création en 1958, l’ENM a formé plus de 13 000 auditeurs de justice (nom donné aux élèves magistrats). L’ENM est réputée pour la difficulté de son concours d’entrée. Elle offre une formation exigeante de 31 mois qui alterne cours théoriques et stages pratiques, afin de préparer les auditeurs à exercer leurs futures fonctions judiciaires.

Comprendre ce qu'est l’ENM

La mission de l’ENM s’articule autour de plusieurs axes. Elle inclut notamment l’organisation des concours de recrutement, la formation initiale des futurs magistrats et la formation continue des magistrats en poste. L’ENM participe également à la formation de professionnels non magistrats amenés à exercer des fonctions judiciaires, contribue à la coopération judiciaire internationale et développe des activités de recherche sur les pratiques juridiques.

En chiffres, l’ENM représente une institution de taille modeste mais à l’impact important. L’école compte un site principal à Bordeaux (siège) et un site à Paris (formation continue), avec environ 89 formateurs permanents et plus de 700 intervenants extérieurs chaque année. La formation initiale dure 31 mois, dont environ 70 % en stage pratique et 30 % en études à l’école. À l’issue de leur scolarité, les auditeurs de justice prêtent serment et intègrent la magistrature en tant que juges ou procureurs stagiaires.

Conditions et modalités d’admission à l’ENM

Il existe traditionnellement trois concours d’entrée, adaptés à des profils différents.

  • Le premier concours s’adresse aux étudiants (jeunes diplômés).
  • Le deuxième concours est réservé aux fonctionnaires et agents publics justifiant d’au moins 4 ans de service.
  • Le troisième concours est ouvert aux professionnels du secteur privé comptant au minimum 8 ans d’activité.

 

Pour se présenter au premier concours (concours externe), il faut être titulaire d’un diplôme de niveau bac+4 (Master 1) minimum, sans restriction de filière d’études. Aucune spécialisation en droit n’est officiellement exigée pour se présenter au concours. Dans les faits, la grande majorité des candidats admis sont issus de filières juridiques. Il n’y a plus de limite d’âge restrictive. Depuis 2024, l’âge maximum pour concourir a été porté à 50 ans et 5 mois au 1er janvier de l’année du concours. Par ailleurs, d’autres conditions générales s’appliquent. Le candidat doit notamment être de nationalité française, jouir de ses droits civiques, avoir un casier judiciaire vierge et être en bonne condition physique. Par ailleurs, nul ne peut se présenter plus de trois fois à l’ensemble des concours d’entrée de l’ENM, ce qui incite les candidats à une préparation sérieuse en amont.

Les concours de l’ENM comportent plusieurs épreuves écrites très exigeantes (cas pratiques, dissertations en droit public, droit privé, culture générale, procédures civile et pénale, etc.). Ils comprennent également des épreuves orales (entretien de motivation, mises en situation à l’oral). Ces épreuves visent à évaluer les connaissances juridiques, les capacités d’analyse et les qualités humaines des candidats.

Le programme et l’organisation de la formation à l’ENM

Les candidats qui réussissent le concours deviennent des auditeurs de justice, c’est-à-dire des élèves magistrats en formation. Durant la période de formation, les auditeurs alternent entre des enseignements à l’école et de nombreux stages pratiques sur le terrain. Environ 30 % du temps est consacré aux cours et travaux pratiques à l’ENM Bordeaux, et 70 % du temps est consacré à des stages en juridiction ou dans des services liés à la justice.

En parallèle, ils effectuent successivement une série de stages obligatoires très variés au cours de leur scolarité. Au fil du cursus, un auditeur découvre ainsi le fonctionnement de multiples institutions. Il effectue notamment des immersions en tribunal judiciaire, en services d’enquête (police ou gendarmerie), en cabinet d’avocat et en établissement pénitentiaire. Il effectue également des stages auprès de la protection judiciaire de la jeunesse ou des services de probation.

Tout au long de la scolarité, les auditeurs de justice sont encadrés par des formateurs permanents (magistrats expérimentés détachés à l’ENM). Ils bénéficient également de l’intervention de nombreux professionnels extérieurs (magistrats en exercice, avocats, policiers, experts, etc.), qui apportent leur expérience pratique.

Les débouchés et carrières après l’ENM

Un diplômé peut débuter comme magistrat dans l’une des fonctions de base suivantes :

  • Juge non spécialisé (juge civil ou pénal de première instance, amené à traiter divers types d’affaires).
  • Juge des contentieux de la protection (juridiction chargée notamment du surendettement et des litiges locatifs).
  • Juge d’instruction (magistrat du siège chargé de la conduite des enquêtes pénales les plus complexes).
  • Juge des enfants (spécialisé dans la protection de l’enfance et le jugement des mineurs délinquants).
  • Juge de l’application des peines (chargé du suivi de l’exécution des peines et de l’aménagement des peines des condamnés).
  • Substitut du procureur de la République (magistrat du parquet, qui assiste le procureur dans la conduite de l’action publique).

Ces premiers postes constituent le point de départ d’une carrière dans la magistrature. Par la suite, les possibilités d’évolution sont nombreuses. Un jeune magistrat pourra, au fil des années, changer de fonction (passer du siège au parquet ou inversement). Il peut aussi se spécialiser dans un certain type d’affaires. Avec l’expérience,  il peut devenir vice-président ou président de tribunal, procureur de la République d’un tribunal important, ou intégrer une cour d’appel puis éventuellement la Cour de cassation. La mobilité au sein de la justice permet également aux magistrats de diversifier leur parcours. Par exemple, certains rejoignent l’administration centrale du ministère de la Justice ou partent en mission de coopération internationale dans le domaine judiciaire. La profession de magistrat offre ainsi des perspectives d’évolution de carrière riches, au rythme de l’ancienneté et des opportunités de postes, tout en exigeant une formation continue régulière pour actualiser ses compétences.

Les coûts associés à prendre en compte

Se préparer au concours de l’ENM et suivre la formation implique certains coûts financiers qu’il convient d’anticiper. Avant l’admission, la principale dépense pour les aspirants magistrats réside dans la préparation du concours. S’inscrire dans un Institut d’études judiciaires (IEJ) à l’université coûte généralement seulement quelques centaines d’euros (frais universitaires standards), mais beaucoup de candidats choisissent de suivre en complément une classe préparatoire dédiée. Ces prépas peuvent être publiques ou privées. Une prépa privée réputée peut facturer autour de 3 000 à 4 000 € l’année de cours.

Afin de promouvoir l’égalité des chances, l’ENM a mis en place des classes Prépas Talents dans plusieurs universités depuis 2008. Ces préparations publiques, accessibles sur critères de mérite et de ressources, offrent un entraînement gratuit au concours. De plus, les étudiants admissibles peuvent bénéficier d’une bourse pour subvenir à leurs besoins pendant cette préparation. Sept Prépas Talents sont proposées en partenariat avec l’ENM à Besançon, Bordeaux, Douai, Limoges, Lyon, Orléans et Paris. Par ailleurs, certaines universités et collectivités accordent des aides au logement ou des bourses régionales aux candidats préparant le concours de manière intensive.

Pendant la formation à l’ENM, les coûts de vie courante à Bordeaux sont à prendre en compte (loyer, alimentation, transports). Bordeaux est une métropole dynamique où les loyers sont comparables à d’autres grandes villes universitaires françaises. Il faut compter autour de 600 à 700 € par mois pour un studio étudiant proche du centre. Cependant, les auditeurs de justice bénéficient d’un statut d’élève fonctionnaire rémunéré. La formation à l’ENM est gratuite et s’accompagne d’une rémunération mensuelle. Un auditeur de justice perçoit environ 1 950 € nets par mois en début de scolarité. 

Une école prestigieuse à ne pas négliger

Intégrer l’École nationale de la magistrature représente un défi ambitieux pour les étudiants qui aspirent à devenir magistrats. L’ENM est à la fois une voie d’excellence et une institution au rôle fondamental. Elle garantit la qualité du recrutement et de la formation des juges et procureurs, piliers de l’autorité judiciaire. Du concours d’entrée très sélectif à la formation alternant théorie et pratique pendant 31 mois, puis à l’entrée dans la vie professionnelle avec des responsabilités judiciaires, le parcours est exigeant mais riche en apprentissages. De nombreux dispositifs existent pour accompagner les candidats, qu’il s’agisse de préparations spécialisées ou de soutiens financiers pour les plus méritants. Au terme de leur scolarité à l’ENM, les nouveaux magistrats intègrent un corps professionnel au service de la justice et de l’intérêt général, avec de belles perspectives de carrière devant eux. Pour les étudiants passionnés par le droit et la chose publique, l’ENM demeure la voie royale pour embrasser la carrière de magistrat, en alliant vocation, rigueur et engagement au service de la Justice.